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Russie-Cinquième édition du "Davos russe" en temps de guerre, le gouvernement démuni face à une croissance morose
information fournie par Reuters 01/06/2026 à 16:48

par Gleb Bryanski et Darya Korsunskaya

Le président russe Vladimir Poutine ouvre mercredi la cinquième édition en temps de guerre du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, un sommet attendu alors que le gouvernement russe peine à définir sa stratégie de croissance et que les attaques de drones ukrainiens pèsent sur l'économie du pays.

L'économie russe, qui dépend des matières premières, a connu un ralentissement brutal en 2025, passant d'une croissance de 4,9% en 2024 à environ 1%. La croissance devrait désormais s'établir à un modeste 0,4% cette année. Les responsables ont imputé ce ralentissement aux taux d'intérêt élevés, aux sanctions occidentales et à la vigueur du rouble.

Les attaques de drones ukrainiens menées en profondeur sur le territoire russe ont par ailleurs mis à mal une partie importante de l'économie, les frappes contre les raffineries, usines d'engrais et ports affectant un quart des capacités de raffinage de la Russie.

Vladimir Poutine, qui cherche à relancer la croissance, a demandé à ses ministres de trouver des moyens de stimuler l'économie. Pour de nombreuses entreprises russes, le meilleur moyen de renouer avec une croissance solide est de mettre fin à la guerre en Ukraine.

"Les rebonds et l’enthousiasme observés sur le marché boursier russe à chaque nouvelle positive issue des pourparlers de paix sur l’Ukraine menés sous l’égide des États-Unis indiquent quelle devrait être leur véritable réponse", relève sous couvert d'anonymat un haut dirigeant d’entreprise à Reuters.

Mais les pourparlers de paix, qui avaient débuté en grande pompe en février de l’année dernière, ont été mis en suspens alors que les États-Unis sont désormais en guerre contre l'Iran.

L'assouplissement des sanctions occidentales et les milliards de dollars d’investissements américains en Russie, mentionnés lors des pourparlers, ne sont ainsi pas prêts de voir le jour.

UNE OCCASION MANQUÉE

Cette situation inquiète le milieu des affaires russe et plusieurs membres éminents de la nomenklatura ont tenté par le passé d’alerter Vladimir Poutine sur les conséquences économiques de la guerre.

Cyrille Dmitriev, l’interlocuteur privilégié de la Russie auprès de l’administration du président Donald Trump, vantait par exemple les avantages économiques potentiels d’un accord de paix.

Un banquier russe de haut rang, qui a également souhaité rester anonyme, a déclaré à Reuters que le président russe avait déjà manqué une bonne occasion de conclure un accord l'année dernière, et que l'économie montrait désormais des signes d'instabilité.

La croissance sera ainsi le principal thème du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, le "Davos russe", qui se tient dans la deuxième ville de Russie du 3 au 6 juin.

Les délégués présents doivent aborder des stratégies telles que la réaffectation de la main-d'œuvre vers des secteurs à croissance plus rapide et la promotion de plateformes numériques basées sur l'IA dans le commerce électronique et le secteur bancaire.

Oleg Vyouguine, ancien vice-président de la Banque centrale, a déclaré à Reuters qu'avec un taux d'intérêt directeur à deux chiffres, des hausses d'impôts pour financer la guerre et un recul des investissements, la croissance serait difficile à atteindre.

"Le gouvernement n'a pratiquement rien à proposer pour relancer la croissance", déplore-t-il.

Les facteurs qui ont alimenté la croissance russe pendant la majeure partie du règne de Vladimir Poutine ont soit disparu, soit épuisé leur potentiel. Depuis le début de la guerre en Ukraine, en février 2022, les investissements étrangers, les recettes énergétiques et les dépenses publiques se font plus rares.

"La question est de savoir ce qui stimulera la croissance si les consommateurs ne sont pas susceptibles d’augmenter leurs dépenses, si les investissements sont en baisse depuis deux ans et si la politique budgétaire est, au mieux, non stimulante", explique Anton Tabakh, économiste en chef de l’agence de notation Expert RA.

IMPULSION EXTERNE

La flambée des prix du pétrole, principale matière première exportée par la Russie, due à la guerre au Moyen-Orient et à la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, a offert un répit temporaire au gouvernement russe.

L'économie russe a malgré tout fait preuve d'une résilience surprenante face aux sanctions prises internationales en réponse à l'invasion de l'Ukraine, en partie grâce à l'industrie de la défense.

Mais dans une rare déclaration critique émanant du pouvoir, un député de Sibérie a déclaré dans une interview que l’économie ne survivrait pas à une prolongation de l’"opération militaire spéciale" de la Russie en Ukraine.

"De quel développement, de quels investissements et de quelles dépenses d’investissement peut-on bien parler ? Ni les chars ni les obus n’ont de valeur de consommation : l’économie les produit, mais ils ne peuvent pas être consommés par la population", observe Renat Souleimenov, élu du Parti communiste.

Mise à rude épreuve par la guerre, la Russie ne peut compter sur des moteurs internes pour assurer sa croissance comme le font l’Inde ou la Chine, sa population étant trop faible et ses marchés boursiers et obligataires nationaux pas assez développés.

Le pays pourrait être voué à la stagnation jusqu’à ce qu’un catalyseur majeur se présente, tel que l’assouplissement des sanctions.

"L'économie a besoin d'une impulsion extérieure. Elle ne viendra ni du budget de l'État ni du système bancaire", souligne Mikhail Matovnikov, directeur du centre d'analyse financière de la Sberbank.

(Rédigé par Gleb Bryanski; version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)

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